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samedi, décembre 17, 2011

 

Les éditions du Rocher m'accueillent comme directeur de collection

Désormais directeur de la collection "LIGNES DE FEU" aux éditions du Rocher  je me fixe comme but de mettre en valeur l'action de ceux qui, à tous niveaux, visibles ou invisibles, dans tous les domaines (diplomatie, armées, ONG, journalisme, renseignement...), sont impliqués dans le grand jeu international. Mon objectif : regrouper des ouvrages de qualité utilisant des genres différents (fiction, récit, essai, témoignage, reportage photo...) pour incarner – sans conformisme ni alignement sur les positions officielles – des regards français sur l’engagement dans la géopolitique mondiale. Vous êtes acteur, à un titre ou à un autre, du maelström qui nous entoure ? Je vous donne la parole. Contactez moi.
 

dimanche, octobre 16, 2011

 

Réapprendre la cohésion nationale : le risque de servir (revue de défense nationale de novembre 2011)

Pour accéder à la revue de défense nationale, cliquer ici.


 
Le retrait des forces françaises engagées en Afghanistan, annoncé par le président de la République a intensifié les rumeurs de défaite qui font porter à nos soldats, à leur famille et, finalement, à la Nation toute entière, la honte, imméritée, des vaincus. Les circonstances ont stimulé, une fois de plus, ce travers national qui conduit à refuser le monde tel qu’il est et à nourrir cette haine de soi qui prend plaisir à se projeter dans l’échec. Situation paradoxale lorsqu’on voit la part prise par notre pays pour faire avancer les solutions collectives dans les crises tant économiques que diplomatiques et militaires.
Il est donc nécessaire de redécouvrir la nécessité d’une cohésion nationale qui permette de miser sur la résilience collective plutôt que sur l’autodénigrement. Pour cela, la pierre angulaire du débat démocratique doit être constituée par une perception réaliste de la complexité dans laquelle doivent se prendre les décisions d’État plutôt que par l’utopie vibrillonnante d’une censure populaire permanente.
Penser collectif, ne pas faire d’antijeu, mettre son énergie au service de la réussite commune sont des notions qui ne devraient pas paraître exotiques en cette année de coupe du monde de rugby. Reste à passer à l’acte. L’exemple donné par nos armées dans ce domaine pourrait y aider si l’on savait mieux le mettre en valeur.
Pour lire l'article, cliquer ici.

mardi, juillet 19, 2011

 

Le sens du sacrifice

19 juillet 2011
Le ciel pleure. Ses larmes recouvrent le pavé des Invalides où nos camarades avancent au pas lent des frères d’armes qui les portent sur leurs épaules. Sept encore ont été arrachés à notre affection, morts à la guerre, à des milliers de kilomètres du pays.
Après une succession de cérémonies identiques, dont les comptes-rendus furtifs, au journal de vingt heures, n’avaient souligné, jusqu’à présent, que l’aspect arithmétique, la Nation marque une pause, s’émeut et s’interroge.Lire la suite : cliquer ici.

jeudi, septembre 23, 2010

 

Faut-il désespérer des dirigeants ?


Article paru dans Agoravox le 23 septembre 2010 et dans la revue de défense nationale de janvier 2011.

La cohésion sociale, et, par conséquent nationale, est directement menacée par la dégradation de la notion d’autorité. Désormais associée à celle d’autoritarisme, ses manifestations font l’objet d’un rejet assez généralisé qui se mesure à la fois par la contagion des incivilités et par un désengagement affectif au travail. En l’absence d’une vision managériale grâce à laquelle une densité relationnelle pourrait être établie entre dirigeants et dirigés, c’est le stress et le mal être au travail qui se répandent comme une gangrène. La perte de confiance qui en résulte débouche rapidement sur un sentiment d’exploitation et une révolte sourde contre ce qui représente l’autorité. Cette tendance se trouve d’ailleurs amplifiée par une dégradation des solidarités et une perte de repères collectifs. Le monde militaire confronté depuis la nuit des temps à la nécessité d’exercer l’autorité avec humanité dans les conditions extrêmes offre des pistes de réflexion pour suggérer un travail collectif afin de restaurer la notion d’autorité nécessaire. Pour lire l'article, cliquer ici.

vendredi, février 05, 2010

 

Le piège d'Urruska


"Chroniques-noires-Gilles-Vidal" a aimé (cliquer ici)
Adrien, ex-officier du service action de la DGSE, ne consent à remplir des missions occasionnelles pour la société STRATISC, spécialisée dans la gestion des risques, que pour faire face aux conséquences financières de son divorce. Cette fois, la mission consiste à convoyer des fonds destinés à libérer un personnage clé du jeu de l’ombre latino-américain pris en otage. Son point de contact est au pays basque. Sur le chemin qui mène à la Casa Urruska, où l’héberge la mystérieuse Xixili, l’histoire, avec un grand H, l’enveloppe dans un tourbillon qui le mettra aux prises avec l’organisation clandestine ETA, son ennemi juré, la Guardia civil, mais aussi une étrange équipe de policiers français. Paradoxalement, il n’y a pas preneur pour l’argent qu’il convoie et ses commanditaires, qui appartiennent aux cercles les plus secrets de l’État, s’impatientent. Pour en sortir, Adrien, dont la barque ne cesse de se charger malgré lui, devra compter d’abord sur son savoir-faire, mais aussi sur celui d’Anita Chan, la journaliste qui partage sa vie (voir Jeux de Chine). Leur défi : trouver ce qui se cache derrière une mission trop simple.


mardi, novembre 10, 2009

 

« Le piège de la belle », regard stratégique sur Internet.


Article paru dans la revue de défense nationale (RDN) de novembre 2009

Internet est, encore aujourd’hui, une terre en friche où les règles sont rares et difficiles à appliquer. Cela en fait un lieu de confrontation d’autant plus impitoyable qu’il offre une caisse de résonnance mondiale au point de vue le plus marginal. La frénésie de la course à l’évènement, le goût du sensationnel stimulent une production vibrillonnante qui conduit à la surcharge cognitive. Au résultat, Internet, qui est, potentiellement, un formidable outil d’aide à la décision, devient une source d’égarement et de déperdition d’énergie. Une stratégie de reconquête est donc nécessaire. Reconquête sur le fond en mettant en œuvre une politique de contenu destinée à faire rayonner une production intellectuelle à la hauteur du désir d’influence de notre pays, mais aussi reconquête méthodologique destinée à s’affranchir de la tyrannie de l’actualité pour renouer avec une profondeur de champ de réflexion indispensable à toute action politique, économique et culturelle. Lire l'article en cliquant ici.

mercredi, octobre 21, 2009

 

Mener des Hommes : Asseoir son autorité et sa légitimité


En librairie début décembre 2009
Au moment où la souffrance au travail fait la une des journaux, il importe de se poser les vraies questions. Les dispositifs curatifs ne font qu'observer et limiter les effets du stress au travail mais ils n'en attaquent pas les causes. Or ce phénomène est le révélateur de méthodes de management quantitatif aux fondements archaïques et aux objectifs à courte vue. Or le management durable est celui qui associe un regard humaniste sur la communauté que constitue l'entreprise à une vision renouvelée de la performance active et librement consentie.
Aussi longtemps que les dirigeants garderont le nez sur leurs outils de pilotage, ils ne verront pas le moteur réel de la performance que sont les Hommes.
Mais il ne suffit pas de faire ce constat pour réussir. Mener les Hommes est un art qui demande du temps, un investissement personnel et une vision de long terme. Pas facile à admettre à l'heure du zapping fou.
Mener des Hommes vous offre des pistes pour démarrer votre mutation. Rassemblez vos forces, vous avez choisi un chemin difficile, mais c'est le seul qui offre des perspectives de performance durable laissant toute sa place à l'épanouissement individuel.

samedi, juillet 18, 2009

 

Evènements historiques et management : l'art de puiser son inspiration aux bonnes sources



Des chefs militaires aux prises avec un adversaire pugnace et un contexte peu favorable ont sû retourner la situation à leur avantage. L'histoire est riche de ces exemples qui ne demandent qu'à être analysés. L'étude de cas historiques, in situ, peut aider les dirigeants à la recherche de solutions alternatives à renouveler les ressorts de leur compétitivité. Worldwartour leur ouvre de nouvelles perspectives. Pour en savoir plus, cliquer ici.

vendredi, février 13, 2009

 

GRH DES FORCES SPECIALES


L'entreprise a besoin de renouveler son approche de la gestion des ressources humaines. Les défis engendrés par la crise appellent des idées innovantes . L'exemple des forces spéciales qui savent combiner une valorisation optimale des talents et la création d'une capacité d'agir dans un contexte mouvant peut se révéler utile. Pour savoir quels en sont les ressorts, cliquer ici.

vendredi, novembre 21, 2008

 

Entre le front du refus et le miroir aux alouettes


La survie et la prospérité des organisations ont en commun de dépendre d'une capacité à bouger, innover, intégrer les nouvelles contraintes pour s'adapter. Ceci doit se faire, sous peine de mener à la crise, en prenant en compte l'aspiration des Hommes à l'harmonie. Utopie, discours baba-bobo ? Les bons dirigeants savent que c'est un cap difficile à tenir, mais c'est le seul qui mène à la réussite durable. Pour cela, il faut tirer des bords serrés entre les gourous du changement pour le changement et les talibans des droits acquis. Pour lire l'article, cliquer ici.




jeudi, juillet 31, 2008

 

Lutte contre le terrorisme : « retirer le feu sous le chaudron » (19ème stratagème).



Le général américain Petraeus, spécialiste de la contre insurrection, a redécouvert pour nous un spécialiste français de ces questions...parti à Harvard dans les années soixante devant le peu d'intérêt qu'il suscitait en France. Au même moment, la Rand Corporation produit une étude passionnante sur la manière dont les mouvements terroristes disparaissent. Les idées s'agitent...lire l'article de Daniel Hervouët paru dans Agoravox le 1er août 2008 en cliquant ici.
Paru également dans la revue défense nationale d'octobre 2008.

mercredi, juillet 30, 2008

 

Jeux de Chine dans les librairies polonaises depuis le 25 juillet 2008


Chińskie igrzyska...pour le résumé en polonais, cliquer ici

dimanche, mars 16, 2008

 

Jeux de chine en librairie depuis le 17 avril 2008



Jeux de Chine
Thriller, Nouveau monde Editions

"Noir comme polar" a aimé. Pour lire son avis et accéder à l'interview de l'auteur, cliquer ici.
"K-libre" a aimé. pour accéder à son site, cliquer ici

Les jeux olympiques de Beijing auraient pu être une occasion de réjouissances internationales, en dépit d’un envers du décor peu conforme aux critères occidentaux du droit du travail. Adrien Laurent, ancien agent du service action de la DGSE, l’entend de cette oreille lorsqu’il accepte d’assurer la sécurité d’Anne-Marie Charlus à l’occasion d’un voyage d’affaire dans la capitale olympique. L’industrielle, spécialisée dans l’exportation de haute technologie militaire, entend profiter de la circonstance pour prospecter discrètement un marché encore bloqué par l’embargo. Tout est parfaitement huilé pour que la mission d’Adrien se déroule paisiblement et lui permette de se refaire financièrement après un divorce qui ne tourne pas à son avantage. Mais l’Histoire percute parfois les existences les plus anonymes pour les projeter au premier plan. Personne n’a voulu voir arriver la tornade qui emporte Adrien et son industrielle. Qui aurait pu, en effet, imaginer que la plus grande prise d’otages de tous les temps se déroulerait pendant les XXIXèmes olympiades ? Les jeux de Beijing comme l’une des plus grandes catastrophes géopolitiques des dernières décennies ? Jeux de Chine est-il le récit destiné à alerter sur ce qui ne doit absolument pas advenir ?

Pour lire un extrait, cliquer ici

Les attentats qui ont ensanglanté Bombay du 26 au 29 novembre dernier ont malheureusement confirmé un mode opératoire terroriste décrit dans Jeux de Chine. En se plaçant dans la tête du terroriste l'auteur de thriller ne fait que de la prospective.


dimanche, août 26, 2007

 

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lundi, juillet 23, 2007

 

Le stress : dynamique ou souffrance ?



Intervention sur la gestion du stress dans l'univers militaire à l'occasion des rendez-vous d'Ecully (anciens élèves de l'école de management de Lyon), le 25 juin 2007.
Lire le compte rendu de la réunion sur le stress professionnel : dynamique ou souffrance ?

samedi, juin 23, 2007

 

En librairie depuis le 14 juin 2007

Mission Albatros
de Daniel Hervouët, paru aux éditions Des idées & des Hommes

Urbanbike a aimé !

Ce sont des êtres de chair et de sang qui évoluent dans l'univers impitoyable de l'action secrète. Kern, officier du service action de la DGSE en apporte encore la preuve...Lire un extrait

Après les méandres de la vie clandestine de Gurvan dans l'Etau, Le capitaine Kern vous emmènera là où peu sont allés...

vendredi, janvier 26, 2007

 

En librairie depuis le 25 janvier 2007



"L'étau" de Daniel Hervouët.
aux éditions Des idées & des hommes

Urbanbike a aimé !

Entre le Bogside de Derry, Israël, les rues de Paris et la Bretagne.

«Quand on a passé vingt ans dans les rangs de l’IRA sans dommage majeur, on peut arrêter de jouer avec sa chance et espérer revenir à une vie normale. Deux balles dans la peau et un amour tout neuf donnent le signal à Gurvan, volontaire français engagé dans la guerre civile irlandaise par attachement à la famille Mahoney. Le processus de paix en Irlande du nord vient à point nommé. Il peut quitter Derry sans voir le sentiment de lâcher les copains. Mais peut-on espérer se faire oublier des services secrets de sa majesté, quand on a envoyé des SAS par le fond. Peut-on garder ses distances avec ceux qu’on a rencontrés dans les camps d’entraînement Libyens au moment où ils se lancent dans le Djihad, surtout quand la femme qu’on aime est juive et que son frère est un diplomate israélien ?»

Pour lire un extrait, cliquer ici


jeudi, octobre 19, 2006

 

La liberté de penser au service de l'action



La sauvegarde de la planète fait partie de ces idéaux incontestables qui animent les éléments les plus conscients de la société de consommation. Repus de leur richesse et atteints par les nausées de l’excès, ils érigent leurs convictions en dogme et pourfendent l’incroyant. La question que l’on peut se poser est de savoir si la croyance est utile à l’action dans ce domaine, ou bien s’il ne serait pas préférable d’avoir recours au pragmatisme et à la confrontation positive des données contradictoires. Lire l'article de Daniel Hervouët paru sur Agoravox le 18 octobre 2006.

jeudi, juin 22, 2006

 

Forces spéciales : une source d'inspiration managériale



Dans "Mener des hommes pour la première fois", il est largement fait référence aux valeurs et méthodes propres aux forces spéciales comme source d'inspiration pour les dirigeants désireux de renouveller leur mode de management en le rendant à la fois plus efficace, mais aussi plus humain.
Un article paru dans le numéro de juillet 2006 de la revue "Casoar", publication de la Saint-Cyrienne, amicale des anciens élèves de l'école Spéciale Militaire de Saint-Cyr, rappelle les grandes caractéristiques de ces unités peu conventionnelles.

Lire l'article

 

Comment établir son autorité de jeune dirigeant ?


Interview par Arnaud Normand pour la Lettre carrière de Capital et management

Prendre ses fonctions dans un contexte pollué par de mauvaises pratiques antérieures et rétablir la confiance. Quelques conseils simples pour redresser la situation.

lire l'article

mardi, mai 23, 2006

 

Gérer les crises, comment ne pas subir l'adversité



La gestion de crise est une problématique qui n'épargne aucun des acteurs de la vie sociale et surtout pas les responsables d'entreprises. Un article de Colette Parmain, paru dans la revue Impulser, intègre avec pertinence les réflexions propre au monde militaire et les éléments de la "culture commando". Comment sortir plus fort de l'épreuve, voilà l'enjeu.

"Crise et renaissance", lire l'article de Colette Parmain

dimanche, décembre 04, 2005

 

LE NOUVEAU VISAGE DU TERRORISME

Le terrorisme est un phénomène ancien développé par des idéologues isolés et jusqu'au-boutistes. Mais en rester à une logique de citoyen indigné ne saurait suffire pour cantonner ce fléau en mue permanente dont la cible est constituée de préférence par des innocents. La terreur pour obtenir ce qui n'est souvent pas défini autrement que par des propos d'illuminés, voilà le but de ces nouveaux soldats totalitaires. Lire l'interview en cliquant ici.

jeudi, juin 23, 2005

 

Dans les librairies depuis le 19 septembre 2005


"Mener des hommes pour la première fois"
éditions d'Organisation

Acheter le livre

Quintescence de l’art de diriger, trempé au contact de l’extrême, le style de commandement mis en oeuvre dans les formations de commandos mérite un examen approfondi. Composés de quelques hommes destinés à remplir des missions de portée stratégique, ces commandos constituent une communauté humaine soudée, riche de diversités et de complémentarités avérées, prêts à toutes les audaces sans se départir de leur lucidité.

Le style de commandement qui s’y est développé est d’une nature qui détonne par rapport à l’acception traditionnelle de l’autorité. Loin d’une participation de façade, l’adhésion, la conviction, l’explication, l’effort partagé, le respect mutuel, le respect de l’adversaire, l’écoute, l’adaptation, l’ouverture, la réactivité, la confiance en sont les ressorts principaux.

De la même manière que des matériaux et des techniques sont testés en conditions extrêmes pour en faire ensuite des produits de consommation courante, on peut admettre que le laboratoire que constituent les unités de commandos, en matière d’exercice du leadership, est une source d’inspiration pour le dirigeant appelé, certes à une autre échelle, à mobiliser ses ressources humaines dans un environnement concurrentiel au service d’un projet commun.


Pour ceux qui souhaitent faire des commandes groupées pour la formation de leurs cadres, contacter :

Mme Sylvie Chauveau
Contact entreprises
Eyrolles
(01) 44 41 11 50

 



lundi, mai 23, 2005

 

L'art martial du dirigeant : sa démarche stratégique


Contribution à l'encyclopédie de la dirigeance, à paraître aux éditions d'Organisation en 2007 sous le titre "COMEX : voyage au coeur de la dirigeance".


On dit d’Alexandre qu’il était grand stratège, excellent tacticien et brillant capitaine. Cela lui a permis de dessiner un empire d’une taille jamais connue jusqu’alors en triomphant d’armées dix fois plus nombreuses que les siennes. Son triple talent l’assurait de dégager une vision et de former un projet d’ensemble cohérent, de vaincre avec intelligence ses adversaires sur le terrain tout en s’assurant la fidélité de ses compagnons d’armes... Lire le texte complet.

lundi, février 28, 2005

 

Bien penser la défense européenne


Intervention lors du colloque du 1er février 2002 sur la défense européenne
Université Lyon III Jean Moulin

S’interroger sur les défis financiers de la construction de la défense européenne impose de procéder à quelques précisions préliminaires. En effet, si l’on se réfère par exemple aux déclarations d’Hubert Védrine selon lequel « l’Europe de la défense n’est pas la défense de l’Europe », il n’est pas excessif d’y voir en filigrane le fait qu’un tel projet va bien au-delà d’une simple réadaptation cosmétique des structures de l’OTAN. Il peut s’agir dès lors de penser cette Europe de la défense comme une composante d’une nouvelle attitude politique de l’Union Européenne désireuse d’affirmer, en tant que de besoin, son autonomie de décision et d’action dans le domaine de la sécurité internationale. Pour être plus précis, cette option sous-entend également un certain désir de différentiation des positions européennes par rapport aux positions américaines susceptibles de déboucher sur des actions qui ne recueillent pas automatiquement l’assentiment de nos alliés d’outre-atlantique.
Au plan financier cette option implique des conséquences très lourdes qui influencent fondamentalement le raisonnement que l’on peut mener sur les enjeux de la construction d’une Europe de la défense. Deux hypothèses peuvent en effet être retenues. Celle où l’Europe de la défense reste un sous-ensemble de l’OTAN et bénéficie d’une autonomie de décision, mais pas d’action. Le choix pour les Etats européens se réduit alors à agir avec les Américains ou à s’abstenir. Celle de l’autonomie stratégique dans laquelle les Européens disposeraient des moyens de décision et d’action les libérant du nécessaire soutien américain. Dans cette dernière hypothèse, les défis financiers seraient d’une toute autre nature que dans la précédente.
Sans prononcer de préférence sur le fond, il convient plutôt de s’interroger sur la faisabilité financière de ces deux approches. Ceci conduit à évoquer les deux sentiments qui naissent spontanément lorsqu’on parle de l’Europe de la défense : d’une part celui selon lequel une mise en commun plus développée entre européens doit engendrer des économies et celui qui consiste à tirer les conséquences d’une nouvelle ambition en déduisant que cela aura un coût, probablement élevé. Il s’agit donc de savoir qui l’emportera de l’Europe « ambition » ou de l’Europe « économie » dans le domaine de la défense.
En partant de l’hypothèse maximaliste, la question centrale est de savoir si l’Europe peut se doter des moyens susceptibles de lui conférer une entière autonomie stratégique : une structure de planification et de commandement, de grands programmes stratégiques (transport, renseignement), des équipements standardisés et inter opérables.
En examinant les grandes caractéristiques des systèmes de défense des nations européennes, nous serons amenés à constater qu’ils souffrent à ce jour de handicaps sévères et que les responsables politiques européens sont confrontés à une alternative difficile.
1)Les systèmes de défense des nations européennes souffrent de handicaps sévères.
La première difficulté à laquelle sont confrontés les Européens réside dans la division institutionnelle des efforts. Il est trivial de rappeler que l’Union européenne est composée de quinze pays, c’est à dire quinze gouvernements, quinze ministères de la défense et des affaires étrangères, d’autant d’états-majors, d’écoles de formation…Face à cela, la puissance dont les Européens cherchent à s’émanciper est une. Les conséquences budgétaires en sont majeures. Les Européens usent une partie substantielle de leurs ressources « collectives » de défense en frais de structure redondants.
A cela s’ajoute le fait que les positions de départ sont sensiblement différentes. Les Etats-Unis, pour être ce qu’ils sont, ont dépensé en 2000 environ 294 milliards d’euros pour leur défense pendant que les Européens, en cumulé, ne dépensaient que 160 milliards d’euros. Ces deux premiers points indiquent déjà la puissance de l’effet de ciseau qui sépare les deux profils, sans compter la différence d’intensité de l’effort consenti. L’Union Européenne ne consacre qu’environ 2% de son PIB à sa défense alors que le chiffre aux Etats-Unis est de 2,8%. Le citoyen américain y contribuait individuellement, en 2000, à hauteur de 1100 euros alors que son homologue européen n’y consacrait que 460 euros. Les conséquences directes peuvent se mesurer de façon douloureuse pour les Européens, notamment dans le domaine de la recherche et du développement où leur effort est inférieur au quart de celui des américains. Peu surprenant dans ces conditions que le fossé technologique se creuse, fossé qui serait à combler, au moins partiellement, si l’Europe souhaitait mettre en œuvre l’option de l’autonomie stratégique.
La seconde difficulté résulte des effets pratiques pénalisants de la division institutionnelle. En effet, s’il existe quinze états-majors, pour ne mentionner que les états-majors généraux, chacun d’entre eux développe sa propre vision des besoins en équipements. Certes il existe des structures de concertation dans le domaine des normes liées à l’interopérabilité, d’ailleurs essentiellement dans le cadre de l’OTAN, mais force est de constater qu’il est extrêmement difficile de déboucher sur des spécifications communes pour les nouveaux équipements. Le programme Tigre, que l’on présente assez volontiers comme une réussite, débouche sur la production de modèles différenciés, adaptés à la vision divergente des états-majors allemand et français. L’expérience des dix dernières années est ainsi ponctuée de cas concrets confirmant cette propension à l’autonomie nationale des spécifications, renforcée par des préoccupations industrielles nationales. On peut considérer dans une perspective Européenne, qu’il est anormal que les nations appartenant à l’Union et ayant un poids significatif dans le domaine de la défense ne se retrouvent pas systématiquement dans les principaux programmes en coopération. La création de l’OCCAR est censée contribuer à l’amélioration de cette situation qui reste encore très marquée par des préoccupations nationales.
Ce phénomène est accentué par le décalage dans les processus de programmation. Chaque nation a développé dans le temps ses propres procédures législatives, administratives, financières et techniques. Ces procédures ont visé à répondre à des priorités résultant d’une analyse nationale du contexte international. Elles ne sont bien sûr pas coordonnées entre elles et ce qui apparaît comme une urgence pour un pays peut très bien ne pas l’être pour son voisin. Les outils de défense des principales nations européennes sont ainsi peu homogènes. Le contexte complexe qui entoure les acquisitions d’armement y contribue également. La question récurrente a longtemps été et reste encore de savoir si on achète sur étagère du matériel américain, éventuellement européen ou bien si on le développe et produit soi même, seul ou avec quelques partenaires. La France, depuis sa sortie du système militaire intégré de l’OTAN, a particulièrement développé cette tendance « autonomiste » en s’efforçant de disposer d’atouts stratégiques qui se sont ajoutés à la possession de l’arme nucléaire. Elle a ainsi fait de gros efforts dans le domaine spatial en essayant avec les plus grandes difficultés d’entraîner derrière elle ses principaux voisins. La résultante de toutes ces interactions débouche sur une composition disparate des forces armées européennes et des calendriers d’acquisition décalés.
Longtemps les industries de défense européennes ont été les instruments de cette démarche cacophonique. Les efforts de regroupement et de coopération développés depuis quelques années et l’apparition de grands acteurs européens transnationaux tendent à améliorer la situation. Mais une industrie de défense n’est pas une industrie comme les autres et son poids est étroitement lié à celui du pouvoir politique auquel elle s’adosse. Une vente d’arme va bien au-delà d’un acte de commerce dès lors que le vendeur relève d’une grande puissance. Il y a souvent en filigrane une « assurance sécurité » qui découle du contrat d’achat. L’europe a du mal à soutenir ses industries d’armement comme le font les Etats-Unis. Elle n’est pas suffisamment constituée politiquement pour cela. Par ailleurs, l’industrie européenne souffre encore de son poids insuffisant face aux concurrents américains. Ainsi, le chiffre d’affaire des trois premières sociétés américaines d’armement est-il supérieur de 50% au chiffre d’affaire des huit premières sociétés européennes. Le désir assez généralement partagé de conserver une concurrence intra-européenne affaibli sans doute les acteurs européens face aux américains.
Une troisième grande difficulté résulte de la situation intérieure des pays de l’Union. Les dernières années, en dépit du contexte économique favorable, n’ont pas été mises à profit pour faire un effort en faveur des systèmes de défense, à l’exception notable du Royaume-Uni qui a indexé de facto ses dépenses dans ce domaine sur sa croissance. Aussi assiste-t-on à la litanie permanente des retards de programmes, des réductions de cibles voire à des abandons purs et simples. Il s’agit là de la conséquence directe de choix budgétaires qui arbitrent en faveur d’autres priorités et conduisent à une réduction tendancielle de la proportion de la richesse nationale consacrée à la défense.
Mais on peut y voir également, en partie, les effets du nouveau contexte dans lequel se meuvent les forces armées. En premier lieu, la professionnalisation, lorsqu’elle est mise en œuvre, comme en France, induit des coûts de fonctionnement sensiblement plus élevés que dans une armée de conscription. Cela est lié à l’augmentation importante de la masse salariale et des dépenses d’amélioration des conditions de vie des professionnels. Sans ces mesures, des difficultés de recrutement ne tarderaient pas à apparaître. En second lieu le contexte international impose depuis plus de dix ans la participation de forces importantes à des opérations extérieures (OPEX) qui ont le double effet d’avoir un coût direct et d’engendrer indirectement une usure accélérée des équipements impliquant une maintenance accrue ou des remplacements avant les échéances prévues initialement. A cours des dernières années le surcoût de ces OPEX a été en moyenne d’environ 450 millions d’euros pour la France, soit, en trois ans, l’équivalent d’un porte-avions. Or ces surcoûts sont la plupart du temps assumés par prélèvement sur le budget normal de l’année. Le quotidien des opérations grève ainsi la préparation de l’avenir.
Enfin, il n’est pas possible d’occulter le caractère divergent des psychologies nationales et des postures politiques qui en découlent. Certains considèrent que l’OTAN est le meilleur moyen d’accéder à un statut dont ils seraient exclus autrement en raison de leur taille ou du poids relatif de leur système de défense. D’autres, parfois les mêmes, y voient le moyen de faire assumer le lourd besoin en investissements militaires par la grande puissance tutélaire en limitant leur rôle à une présence souvent symbolique dans les organes de concertation et, à l’occasion, sur le terrain. L’appartenance à une alliance peut donc inciter à minimiser son effort, mais elle a néanmoins un coût administratif dont peu d’Etats sont disposés à accepter le dédoublement. Ainsi pour l’OTAN, ce sont 800 millions d’euros qui sont indispensables annuellement pour assurer son fonctionnement administratif indépendamment de tout coût lié aux forces. Sans considérer qu’il s’agit véritablement d’une référence incontournable, ce chiffre est cependant un indicateur intéressant et dissuasif pour beaucoup.
On comprend, après avoir passé en revue ces handicaps sévères, la réticence qui peut s’exprimer devant la perspective d’une défense européenne qui viserait à l’autonomie stratégique alors que cette option impose des choix extrêmement courageux non seulement sur le plan politique mais également sur le plan financier. Aussi les responsables européens se trouvent-ils aujourd’hui devant une alternative difficile : soit ils optent pour une véritable défense intégrée afin d’accéder à l’autonomie stratégique au prix d’un important effort financier, soit ils s’accommodent d’une défense européenne a minima tout en devant continuer d’y consacrer des crédits importants.
2)Une alternative difficile
Le choix de l’option la plus ambitieuse ne peut qu’être subordonné à une plus grande intégration politique qui se traduirait notamment par une coordination dans la conception et l’élaboration de l’outil de défense.
La première étape en serait la rédaction d’un livre blanc définissant les postures que les pays de l’Union souhaiteraient adopter dans un contexte international examiné en commun et face à des hypothèses de crises retenues par la collectivité. Cela se traduirait ensuite par le développement d’une démarche intégrée de préparation de l’avenir. Concrètement, une procédure de coordination des plannifications-programmations serait mise en place et des critères de convergence feraient l’objet d’une surveillance attentive. Les procédures budgétaires devraient être au rendez-vous afin de limiter les dérapages. Un transfert partiel de budget au niveau européen permettrait de gérer de façon plus rationnelle les programmes à vocation stratégique. Enfin, le recours à l’organisation conjointe de coopération en matière d’armement (OCCAR) devrait être systématique pour les programmes mettant en cause l’interopérabilité et imposant une approche commune de la maintenance.
Ce dispositif n’aurait de sens que dans la mesure où l’Europe, soucieuse de préserver son autonomie stratégique, s’en donnerait les moyens physiques, notamment en comblant son déficit dans quelques domaines prioritaires. Le premier atout stratégique est le renseignement. C’est grâce à lui que l’on se met en mesure d’apprécier une situation et d’adopter les décisions les plus adaptées. Or il s’agit d’un domaine très sensible dans lequel peu de pays ont su développer une compétence complète et se doter d’une panoplie couvrant le spectre du renseignement technique et du renseignement humain. La dimension spatiale, même si elle ne doit pas être considérée comme la panacée, acquiert progressivement, dans le domaine technique, une importance centrale. La prévention et le suivi de crise, notamment dans des zones peu accessibles sont considérablement facilités par les moyens spatiaux. Les Européens devraient donc accéder à la puissance spatiale militaire en conquérant leur indépendance non seulement dans le domaine de l’observation mais également dans celui du positionnement qui est fondamental pour les systèmes d’armes modernes et dans celui des télécommunications. Le système européen Galileo, concurrent du système américain GPS apportera cette indépendance dans le domaine du positionnement pour la somme d’environ quatre milliards d’euros. Ce coût est assez indicatif de l’effort qu’il faut consentir pour un grand programme spatial. Pour compléter le dispositif de l’Union européenne, il resterait à développer un système de satellites de surveillance optique et radar, de télécommunications, d’écoutes électromagnétiques… Cet investissement serait donc considérable. Mais cette technologie serait inutile si elle n’intervenait pas en appui de structures d’analyse, de décision, de commandement et de planification. Il est en effet déterminant de détenir ces capacités dans un cadre interarmées, interallié si l’on souhaite traiter avec une efficacité maximum les situations auxquelles la communauté internationale est aujourd’hui confrontée. Cette capacité ne saurait être une simple agrégation de circonstance des moyens nationaux. Ici encore le spectre de l’OTAN se profile et nous rappelle que ces capacités collectives existent déjà. Toute la question est de savoir s’il est opportun de dupliquer cette structure ou bien s’il faut que les Européens se la réapproprient. Les débats que l’on a connus au cours des dernières années semblent indiquer que cette dernière hypothèse a peu de chances d’aboutir. Dans ces conditions, il resterait donc à assurer le financement d’une capacité européenne de planification et de commandement dont il n’est pas extravagant de penser que son coût pourrait approcher celui de l’OTAN, c’est à dire 300 millions d’Euros en année pleine hors investissement. En l’absence d’un abandon au moins partiel de responsabilité des Etats-Majors nationaux cette mesure rendrait encore plus coûteuse la mise en place d’un système de défense européen.
Les efforts de coopération industrielle rarement couronnés de succès depuis le début de leur mise en place devraient également changer de dimension. Une politique globale d’équipement devrait notamment arrêter des choix relatifs aux grands programmes stratégiques. C’est en commun qu’il conviendrait de décider par exemple si l’Union doit se doter collectivement de porte-avions. De même pour l’avion de combat futur. Les décisions positives récentes concernant les avions A-400 M de transport stratégique laissent supposer qu’on n’est pas dans le domaine de l’impossible. Toutefois, il resterait à résoudre la délicate question du nucléaire militaire dont seuls le Royaume-Uni et la France sont dotés à ce jour et pour lequel il serait souhaitable d’arrêter une position commune.
Enfin, un effort supplémentaire d’intégration des industries de défense serait souhaitable dans la perspective de la concurrence avec les industries américaines. L’objectif serait d’offrir un front plus uni que cela n’est le cas aujourd’hui et d’accroître ainsi les atouts de l’Europe face à la puissance exportatrice des Etats-Unis. Cette évolution ne serait complète que si, à l’instar des pratiques américaines, la diplomatie européenne offrait aux acheteurs un volet sécuritaire complémentaire des fournitures d’armes.
Si l’Europe ne parvient pas à donner cette force et cette cohérence à sa politique de défense et de sécurité, il est à craindre que les pratiques observées actuellement ne se perpétuent pour dégager, finalement, une posture a minima.
Cette posture consisterait en une mutualisation partielle de moyens, économe d’ambition. Les préoccupations nationales en seraient encore l’élément dominant et aucune option stratégique majeure ne viendrait structurer l’action collective. Les Européens s’en remettraient encore, pour les programmes stratégiques les plus coûteux à la tutelle américaine. La dépendance européenne vis à vis de ses capacités de C3I et de transport stratégique se perpétuerait, rendant précaire la fiction d’une autonomie de décision qui se traduirait par le choix entre ne rien faire ou adhérer aux choix politiques américains.
L’égoïsme national encadré par les contraintes budgétaires contribuerait à accroître le fossé technologique entre les pays européens, divisés dans leur effort de recherche, et les Etats-Unis. Dans ces conditions, les Européens ne participeraient à des opérations que dans les interstices du dispositif américain et pour un résultat politique négligeable pour l’Union. La mutualisation des moyens se limiterait à une gestion de la pénurie dans certains domaines dans lesquels les besoins dépassent depuis longtemps les capacités : transport aérien, moyens navals de présence, de guerre des mines…Seuls ceux qui conserveraient une capacité de renseignement crédible seraient en mesure de dire non en connaissance de cause. Quant à la coopération sur les programmes d’armement, elle verrait se perpétuer le fonctionnement à secousses pour reprendre l’expression d’Edgar Faure, qui est le mode normal depuis de nombreuses années. De semi-réussites en échecs coûteux, l’Europe conserverait à grande difficulté quelques pôles d’excellence immédiatement limités par l’impossibilité de produire des séries significatives.
Dans cette hypothèse, les coûts de la défense seraient à peu de choses près inchangés par rapport à ceux d’aujourd’hui. Quelques capacités supplémentaires pourraient se dégager ponctuellement du fait de la mutualisation. Mais ce système se caractériserait par le jeu individuel des principales puissances européennes qui resterait de pure façade. La quasi-impossibilité, désormais avérée, de gérer individuellement des situations de sécurité internationale, condamne les acteurs isolés à rallier la seule puissance en mesure d’agir ou, à défaut, à s’abstenir. Cette fiction masquerait donc un effacement progressif de ces acteurs du premier rang de la scène internationale. Ce phénomène serait accéléré par le fait que l’augmentation tendancielle du coût des programmes d’armement entraînerait, à budget constant, une réduction des capacités.
En conclusion, l’Europe se trouve face à une double alternative : dépenser bien, mais davantage ou dépenser mal et autant ; acquérir un statut d’acteur mondial ou laisser ce rôle à un acteur unique. La réalité se situera sans doute entre ces deux voies. Le choix ici n’est pas seulement de nature budgétaire, mais les aspects budgétaires sont importants.
Toute la question est de savoir si les Européens saurons, comme ils l’ont fait dans le domaine monétaire, prendre conscience des enjeux collectifs contenus dans la problématique de défense et élaborer des solutions audacieuses. Dans cette hypothèse, il est fondamental de ne pas se laisser influencer par le modèle américain et de ne pas le prendre comme point de mire. Le mimétisme est rarement source de réussite. En revanche, il semblerait plus fécond de trouver des voies alternatives dans l’approche des questions de sécurité si l’Europe ne peut ou ne veut pas relever le défi financier lié au rattrapage de la puissance américaine.
Le comportement de la communauté internationale face aux crises est aujourd’hui essentiellement curatif. On attend souvent d’atteindre un point de non-retour pour intervenir coûteusement sans pouvoir espérer pour autant de règlement durable avant longtemps. L’Union européenne pourrait tirer les leçons de ce constat et miser sur le développement d’une ambitieuse politique de prévention en phase avec sa vocation de développement politique et économique. Elle pourrait pour cela s’appuyer sur l’amplitude du maillage des relations et représentations internationales des Etats membres afin de pratiquer une stratégie d’influence adaptée aux réalités des différentes zones géographiques. L’histoire des pays européens a lié leur sort à de vastes parties du monde dont ils possèdent souvent une connaissance fine. Le refus de faire de l’Europe une puissance impériale pourrait asseoir par ailleurs sa crédibilité aux yeux des peuples à la recherche de partenariats de développement fondé sur la préservation des intérêts mutuels. L’avantage de cette approche réside dans le fait qu’elle relègue la puissance de l’outil militaire et ses coûts exponentiels, au second plan en faisant prévaloir les capacités de renseignement, de prévention et de traitement civil des difficultés avant qu’elles ne donnent lieu à des crises. Cela aurait pour effet positif de ne pas limiter le développement de la défense européenne à une approche exclusivement militaire. Chaque continent aurait ainsi son mode spécifique d’action pour contribuer à la stabilité du monde dans une complémentarité utile et non antagoniste. La vocation de l’Europe est probablement davantage tendue vers le développement et la prospérité que vers le rôle de gendarme. Elle pourrait d’ailleurs en espérer des résultats plus durables. Il lui reste à trouver les voies pour l’exprimer pleinement. Mais l’adoption d’une telle ligne présupposerait toutefois une prise de conscience plus vive de la part de l’opinion publique et de la classe politique européennes de la violence des tensions qui risque de s’intensifier au gré de l’élargissement du fossé séparant les pays riches des pays pauvres.

lundi, janvier 17, 2005

 

"Le renseignement, une affaire à prendre au sérieux"

Article paru dans la Revue de défense nationale de décembre 2004

Le rapport de la commission dite du 11 septembre met en évidence un point central : le renseignement américain a révélé une défaillance majeure face à la menace terroriste. Non pas que les indices n’aient pas été recueillis un à un et stockés sur les étagères des agences spécialisées. Simplement, ces informations n’ont pas été exploitées, faute d’un recoupement et d’une synthèse. Les services américains, ressasseront longtemps ce coup manqué. Les images des caméras vidéo de l’aéroport de Dulles passeront en boucle dans plus d’un cerveau de responsable de la sécurité des Etats-Unis, probablement jusqu’à leur dernier jour. Mais il n’y a pas lieu de s’en gausser. Ce genre de défaillance guette tout le monde. L’Espagne n’a-t-elle pas à son tour subi, à Madrid, une série d’attentats dont on recense aujourd’hui les nombreux indices précurseurs ? Certains souligneront que si les moyens puissants de la NSA, de la CIA et des multiples organismes qui font profession de protéger les intérêts vitaux des Etats-Unis, ne s’étaient focalisés sur le renseignement économique, il aurait été possible de mieux traiter la menace terroriste. On peut toujours profiter des difficultés d’un partenaire pour lui donner le coup de pied de l’âne. Mais il est plus pertinent de saisir l’occasion pour se livrer à un examen gratuit de son propre dispositif.
L’illusion de la paix rend l’opinion des pays démocratiques réticente à la guerre de l’ombre à laquelle on assimile le renseignement. Et ce n’est qu’après le drame qu’on mesure combien il aurait fallu faire effort pour le prévenir. Rien n’est plus difficile que de rester vigilant, tendu, à l’affût, à l’écoute des menaces dont on espère secrètement qu’elle n’atteindront que les autres. Nous analysons très bien, soixante ans plus tard, les faiblesses, les lâchetés et les insuffisances des opinions publiques et des gouvernants de l’entre deux guerres face à la montée du nazisme. Nous savons maintenant ce qu’il aurait fallu faire, quel type de courage et de solidarité nous aurions dû mettre en oeuvre. Mais cela ne présente plus aucun intérêt. Les millions de victimes des camps de concentration et des champs de bataille ne seront pas ressuscitées pour autant. Ce qui importe c’est de faire preuve de clairvoyance sur ce qui se passe autour de nous et sur ce qui risque de se passer à l’avenir. Le renseignement, s’il ne suffit pas à lui seul à éviter les dangers, est le préalable nécessaire à une appréhension juste de la situation sans laquelle il ne peut y avoir de bons choix politiques. Ce besoin est permanent et particulièrement complexe à satisfaire.
Le principal élément de complexité réside dans le caractère protéiforme des sources d’information qu’elles soient techniques (écoutes, analyse des signaux radars, imagerie satellitaire…) ou humaines (correspondants, agents, documentation ouverte). Elles touchent tous les domaines de l’activité humaine (politique, militaire, religieuse, économique, culturelle…). Le tout technologique, dont la tentation est alimentée par l’imagerie hollywoodienne, est à cet égard un mythe néfaste. Le développement des technologies du renseignement a conduit les réseaux clandestins à redécouvrir les méthodes rustiques à l’épreuve des écoutes. Le message oral, version moderne du pigeon voyageur, échappe au système Echelon. Mais il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Les technologies restent indispensables pour contribuer à la maîtrise et à la circulation de l’information. Les quantités de données à traiter et les supports utilisés pour les véhiculer sont tels qu’il convient de disposer d’une palette complète de moyens de collecte et de traitement. C’est l’addition, la fusion, le recoupement d’informations recueillies par des voies techniques et humaines qui permettent de transformer des données parcellaires en faisceaux d’indices crédibles. L’observation spatiale, les interceptions de communication, sont d’autant plus cruciales que les flux d’information et les organisations dangereuses (terroristes, maffieuses) se multiplient.Mais une chose ne doit jamais être oubliée sans risquer de perdre pied : le renseignement humain est central dans la pénétration de milieux clandestins. Il exige du temps, de la patience, de l’opiniâtreté, de l’investissement personnel et s’accommode mal de revirements brutaux ou de coupures de crédits. Il permet de connaître les protagonistes, de voir évoluer leurs idées, leurs méthodes, de déceler les préparatifs, d’identifier les connections et, en fin de compte, d’anticiper sur leurs agissements et de mener des actions de prévention.
La France fait partie des puissances qui ont parfaitement compris la nécessité de maintenir une compétence élevée à la fois dans le domaine du renseignement technique (satellites, moyens d’écoute) et dans celui du renseignement humain. Elle a acquis, par ailleurs, une crédibilité certaine dans la « communauté du renseignement » qui sert de lieu d’échange et de coopération avec ses alliés. L’accès à ce club très fermé, où ce que l’on obtient dépend de la qualité de ce que l’on fournit soi même, est le label de qualité des services français. Toutefois on imagine combien cet engagement impose d’efforts financiers et humains. La multiplication des risques et leur caractère protéiforme donne lieu de facto à une inflation des besoins en personnel, équipement et crédits. Considérer cette inflation comme une dérive budgétaire serait une erreur grossière. Rien de ce qui permet d’anticiper et de prévenir les dangers majeurs ne peut être considéré comme superflu, surtout lorsque la toile des réseaux terroristes s’étend et se connecte avec le crime organisé.
Or on se heurte ici au déficit culturel qui affecte l’image du monde du renseignement en France. Comment accorder la priorité, qui est vitale, à ce domaine alors qu’il trouve difficilement sa place aussi bien dans la société qu’auprès des responsables politiques. Contrairement à ce qu’on observe dans le monde anglo-saxon, où les meilleurs étudiants des grandes universités sont recrutés par les services de renseignement et jouissent ensuite d’une position enviée, en France, il s’agit d’une voie qui n’a rien de royale. La noblesse d’Etat est ailleurs. Rien à faire dans cet univers glauque ou se confondent images floues de barbouzes, qui enflamment l’imagination, épisodes abracadabrants, qui irritent les salons de la République, et atteintes aux libertés fondamentales qui choquent l’opinion. Les quelques affaires qui émergent, réelles ou supposées, précisément, parce qu’elles émergent, ont des relents de pieds-nickelés et discréditent les services, même si aucun haut responsable n’omet de souligner le travail extraordinaire fait dans l’ombre. C’est un peu comme si nous étions embarrassés par nos services de renseignement quand dans d’autres pays, démocratiques cela va de soi, on se félicite que les plus hauts personnages de l’Etat y aient acquis une connaissance des rouages du monde réel. L’exemple venant de haut, il est logique que les jeunes diplômés hésitent lors de leur entrée dans la vie active à choisir une telle voie. Ceux qui le font, en connaissance de cause, sont plus animés par l’intérêt de leur métier que par des ambitions personnelles ; mais le manque de reconnaissance, voire de compréhension ou d’intérêt, envers leur travail finit par leur peser. Les spécialistes ne sont que très rarement surpris par les évènements. Ils ont une connaissance fine de leur secteur et font souvent des miracles avec peu. Encore faut-il que cette connaissance fasse son chemin vers les décideurs. Le renseignement est une fonction essentielle à la protection d’une démocratie. A ce titre il convient d’en promouvoir l’image réelle et de l’intégrer sans réticence dans le fonctionnement institutionnel.
Sur ce point, nous rejoignons le constat fait par les Américains après le 11 septembre. Il manque un échelon de synthèse qui soit doté d’une responsabilité politique. Indispensable pour atténuer les rugosités qui existent entre services, par ailleurs subordonnés à différents ministres (défense, intérieur, finances), cet échelon devrait définir une politique du renseignement et fournir aux autorités d’Etat les renseignements indispensables à la prévention des menaces. La pratique a longtemps voulu que chaque service ait une existence autonome et présente un visage opaque notamment à la représentation nationale. La France n’est pas la seule. Ca n’est que récemment que le nom du chef du MI6 britannique a commencé d’être révélé au public. Les impératifs de la lutte contre les menaces terroristes imposent désormais d’agir tous moyens réunis, bien au-delà de l’actuelle coopération a minima. Les terroristes ont en effet l’impudence de ne pas évoluer exclusivement sur le terrain de compétence d’un département ministériel. Tour à tour guérilleros, poseurs de bombes, agitateurs xénophobes, trafiquants d’armes et de drogue, financiers, ONG, manipulateurs de substances dangereuses, partenaires occasionnels d’organisations criminelles, ils tiennent leur efficacité de notre division et de notre cécité. Des efforts ont été faits récemment pour sortir les services de la quasi-clandestinité dans laquelle ils se trouvaient par rapport aux institutions, notamment à la représentation nationale. Ils ne peuvent qu’en obtenir en retour un intérêt et un soutien accru. Cet effort doit être conforté par une véritable intégration de la politique de renseignement dans l’action gouvernementale. Le rapport Quilès avait évoqué ce point essentiel en décembre 2001 en précisant : « Il faudra pourtant bien finir par envisager la création d’un organe de pilotage de l’exploitation du renseignement qui soit politiquement responsable ».
Le renseignement doit obtenir ses lettres de noblesses. Renforcer substantiellement ses moyens aurait, pour la France, un impact comparable à celui provoqué, dans les années soixante, par l’acquisition de l’arme nucléaire. Le renseignement est l’outil incontournable de l’autonomie de décision stratégique. En effet, disposer d’informations non manipulées permet d’éclairer les acteurs politiques, économiques et militaires sur les décisions pertinentes à prendre et renforce considérablement leur position. La France pourrait y trouver un des moteurs dont elle a besoin pour se maintenir au meilleur niveau. Mais au regard de cet effort, le monde du renseignement doit développer une obsession de la qualité de sa production tandis que les responsables politiques ont le devoir d’y chercher inlassablement les éléments indispensables à la prévention des risques. « Savoir pour ne pas subir » pourrait être le slogan de ce renouveau.

 

En finir avec le narcissisme mélancolique

Article paru dans le Figaro du 9 juillet 2004

Les évènements d’Irak ont relancé la question lancinante qui obsède la classe dirigeante française : l’ai-je bien descendu ? Comme une grande séductrice sur le déclin, la France ne cesse de lorgner sur cette intrigante américaine en tenant alternativement le discours du complot, les anglo-saxons ne nous aiment pas et utilisent toutes les ruses pour nous abaisser et celui de la revendication, chiffres à l’appui, de son rang dans le monde.Rien de nouveau sous le soleil. L’obsession de la décadence est consubstantielle de l’histoire de France. Chaque étape majeure de la vie nationale est ponctuée par la crainte de voir l’avancée effectuée se transformer en reculade. La mythologie de l’acquis ne touche pas que les agents des grandes entreprises publiques. Elle est un substrat de l’inconscient national et confirme un constat cruel : nous n’aimons pas le monde réel, mouvant, imprévisible, surprenant, diversifié, où la place qu’on occupe est le reflet de ce qu’on est. Nous n’aimons pas ce qui bouge, nous n’aimons pas le doute. Nous ne voulons pas douter de notre rang et pourtant tout montre qu’il nous obsède. Ce mal qui nous ronge fait de nous des suiveurs, des râleurs qui jalonnent par leur agitation le territoire de leur ancienne gloire, comme ces joueurs fatigués qui se tournent indignés vers l’arbitre pour lui faire remarquer qu’ils ont reçu un coup sous la mêlée. Une bonne équipe ne compte pas sur l’arbitre pour obtenir l’avantage. L’actualité ne nous démontre que trop que notre registre favori est celui de l’indignation, de la remontrance. Nos actions sont des réactions et non des créations.La défense de la langue, du cinéma, de l’économie française sont des indices de retranchement, d’initiative perdue. Les dispositifs défensifs retardent l’échéance mais en modifient rarement l’issue. Dans le meilleur des cas, ils figent une situation en confortant les protégés dans leur sentiment obsidional.La morosité qui marque la société française, ses records d’abstention aux élections et de consommation de tranquillisants, attestent malheureusement que la dynamique et le rêve sont ailleurs. Une telle situation n’est pas inéluctable. Mais pour l’inverser, il convient de faire naître en nous l’aspiration à une nouvelle frontière et de nous ouvrir au réel. Le réel, c’est d’abord l’acceptation des autres tels qu’ils sont, de leurs ambitions, même si elles contrarient les nôtres. Les droits que nous revendiquons, ils les ont aussi. Il est significatif de voir avec quelle arrogance nous imposons la rigueur du pacte de stabilité aux « petits pays » en adoptant une attitude que nous sommes les premiers à reprocher aux Etats-Unis. Connaître mieux nos partenaires et les respecter sans rien attendre en retour ne peut que renforcer l’estime réciproque. Une certaine dose de désintéressement est même nécessaire. C’est un moyen de regagner la confiance de nos pairs, agacés par nos nostalgies, et de ceux que l’on qualifie péjorativement de petits pays. Le réel, c’est aussi jauger objectivement la puissance de nos partenaires et se souvenir, aidés par Sun Tzu, qu’il est inefficace d’attaquer frontalement un adversaire qui dispose d’un net avantage. Le réel c’est ne pas perdre son énergie à empêcher ce qui est inéluctable, mais au contraire le canaliser dans un sens qui nous est favorable. Le réel c’est enfin les talents qui nous habitent et qu’il faut faire fructifier.Sur cette base, il est possible de partir à la reconquête. Non plus celle qui envahit, qui écrase, qui impose, mais celle qui séduit, qui convainc, qui aide, qui enrichit, qui rayonne pacifiquement.
Pour cela le chemin est difficile, mais il n’y aura pas de miracle. Sans sueur, pas de résultat. Le premier défi à relever est celui de l’intelligence. C’est un truisme de rappeler qu’on ne peut évoluer dans le monde complexe dans lequel nous sommes sans un effort significatif de maîtrise du savoir. Il importe d’identifier les grandes variables qui conditionneront les activités humaines au cours des prochaines décennies. Un travail sérieux de prospective pluridisciplinaire et pluraliste doit être entrepris dans ce sens. Force est de constater les faiblesses de notre pays dans ce domaine. Les chercheurs et les acteurs de la vie publique doivent trouver un terrain de coopération étroite pour préparer l’avenir. En mobilisant l’intelligence pour dégager des solutions élaborées, on crée le premier pilier d’une influence positive sur nos partenaires et d’une mobilisation des citoyens. Rien de plus désespérant que les politiques erratiques et les discours vindicatifs dépourvus de propositions réalistes. L’effort à soutenir en faveur de la recherche n’est pas tant d’ordre quantitatif, même s’il faut savoir investir dans les domaines stratégiques pour la collectivité, que d’ordre qualitatif : servir une ambition en éclairant l’avenir. Mais il convient ici de réhabiliter une autre forme d’intelligence que celle primée dans nos grandes écoles.L’intelligence doit également pouvoir être mobilisée sous des formes nouvelles, dans les situations de crise, pour fournir aux décideurs des options pertinentes propres à conforter l’influence de notre pays. Une culture de partage de l’information, de gestion d’urgence, d’efficacité des structures décisionnelles, de pragmatisme éclairé, mérite de supplanter l’incontournable jalousie inter services.Le second défi sera celui de la psychologie collective. La mobilité doit devenir notre credo. Comme une équipe sportive cherche à se souder tout en adaptant son jeu à celui des adversaires, il faut former les jeunes esprits à cette démarche. De l’école à l’université, il convient d’intégrer dans la pédagogie cette dimension qui est de nature à renforcer l’esprit républicain. A cet effet, la culture de l’adaptation permanente doit être élevé au niveau d’impératif catégorique. A l’instar de ce qui se pratique dans les domaines soumis à la concurrence, tous les modes de fonctionnement sociaux doivent intégrer cette préoccupation. L’administration doit s’y soumettre, l’école et l’université, les partis politiques et les organisations sociales aussi. Il ne s’agit pas de payer le tribut à une mode, mais au contraire de rechercher en permanence la conquête d’un gain de compétitivité. Sans implication individuelle, pas de progrès collectif. L’anticipation et l’innovation doivent imprégner l’action des travailleurs les plus modestes comme de leurs dirigeants. Mais si les dirigeants doivent assumer authentiquement les charges de leur leadership, il faut largement décentraliser l’initiative et la laisser circuler dans une logique de fonctionnement en réseau.Enfin, reste le défi de la méthode. L’orgueil et l’arrogance trop bien portés dans notre pays doivent le céder à la modestie et à l’obsession du partage. Partager des projets dans lesquels chacun de nos partenaires, et pas seulement les européens, doit avoir sa place. Partager la satisfaction du succès, lorsqu’il se présente, en n’en revendiquant pas la paternité, ce qui conduit, par exemple, à ne pas utiliser l’Europe comme un moyens de redorer la puissance nationale, mais à en faire un lieu d’ambition collective. Partager les richesses dans un souci de développement durable avec la volonté de réduire le désespoir qui fait le lit du terrorisme et de l’insécurité.Les terres de mission sont nombreuses : relations transatlantiques, construction européenne, partenariat avec les pays en développement, sécurité coopérative, développement technologique et économique, recherche scientifique fondamentale. Pour agir avec pertinence, il faut néanmoins prendre conscience du fait que la notion d’intérêt national ne peut plus s’entendre aujourd’hui que comme une composante de l’intérêt collectif des nations. La puissance réelle s’exprime désormais davantage dans le pouvoir d’influencer et de suggérer des solutions judicieuses aux difficultés collectives que dans celui d’imposer ses vues. C’est ici que les fruits de l’investissement consenti dans le pari de l’intelligence peuvent être cueillis.Les français ont besoin d’une nouvelle frontière qui leur ouvre un horizon en harmonie avec l’idée qu’ils se font de la mission généreuse de la France. Des opportunités existent à un moment où tout est possible à condition de retrousser ses manches et de renoncer à la religion des droits acquis. Toutefois la vie réelle impose ses contraintes. A l’instar du sage chinois qui veut aller loin sur le fleuve avec sa barque et constate qu’il vaut mieux pour cela ramer dans le sens du courant, les énergies nationales doivent se mettre en ordre de marche avec calme et réalisme. Il est temps. Abandonnons ce narcissisme mélancolique dans lequel nous nous complaisons et rayonnons par nos idées, notre créativité, notre sens de l’entreprise, notre solidarité, notre sens collectif. Ce que nous essayons de défendre avec difficultés aujourd’hui prendra alors un essor insoupçonné.



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